Nous sortons du cinema, le jour a change, Pierre doit partir. L'entree de l'aeroport est reservee a ceux qui ont un billet. Pierre n'a qu'un numero ecrit a la main sur un bout de papier, et nous rien du tout. On profitera du desordre omnipresent en Inde, pour s'infiltrer. Pierre s'en va, penaud, dans la queue du service d'immigration. Les vetements sales, la barbe de trois mois, il esquisse un sourire tremblant d'emotion. Pour lui; la France, la famille, les amis,la nourriture, les cours de chants, et l'apprentissage de l'espagnol. Malheureusement, ca ne suffit pas pour lui faire avaler la pilule de l'injustice.
Nous poursuivons la route sans voix, sans Pierre.
Arrives aux portes de l'aeroport, l'aventure reprend. Un militaire nous confisque nos passports, lorsqu'il comprend que nous sommes passes en fraude. Ce qu'il comprend surtout c'est qu'il peut se faire un peu de sou sur notre dos. Paraissant de marbre a toutes nos explications, il s'adoucit soudain lorsque nous utilisons la formule magique. Non, ce n'est pas le fameux "S'il vous plait" qui ici non seulement n'a aucune puissance, mais surtout n'est jamais employe. Non, ce qu'il fera passer notre amende fictive de 20$ a 10$ puis a 0, c'est: "I call my embassy.". Ceci dit, l'indien, etant tres fier, ne voudra jamais perdre la face. Il faut donc deliberement lui laisser une porte de sortie. On le laisse reflechir le temps de se raviser. Sa porte, il l'a trouvee, c'etait son patron, qu'il va voir, en faisant semblant de ne plus etre trop sur...
On s'en va sur des mots de politesse, le sourire aux levres.
Il est 6h du matin, nous nous couchons.
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