Parenthese: La conjuration des imbéciles


"Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rever
Les singes a cul nuls
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles (...)"
Ils veulent pourtant me faire crever,
M'étouffer de Structures et de Béton armé
L'école spéciale du bétépé,
de la mauvaise foi, de la médiocrité.
Ce serait long à expliquer, et encore plus long a comprendre. Ils préféreraient se faire arracher un bras plutôt qu'avouer qu'ils se sont trompés. Mais c'est encore plus simple de tout mettre sur mon dos.
Je déteste marcher, tête basse, derrière l'orgueil de ces gens là. Et pourtant, c'est le front penché sur le terre que je rentre en France. Le voyage est fini.
Adieu l'Inde, adieu l'Asie.
Je n'oublierai pas tous ces moments passés, d'Istanbul a Bombay,
Je n'oublierai pas tous ces gens rencontrés, de Paris a Pondicherry.
Et les briseurs de rêves qui m'obligent a rentrer, je ne les oublierai pas.

21 Janvier


On passe, une fois n'est pas coutume, une grande partie de la journee dans le bus (300 km..). On voyage beaucoup ces temps-ci, ca saoule. Les paysages qui defilent lentement sous nos yeux nous mettent pourtant de franchement bonne humeur.

22 Janvier


C'est en 1336 que le prince Harihararaya choisit le site d'Hampi pour eriger la nouvelle capitale du royaume de Vijanayagara. Lorsque, 200 ans plus tard, elle fut pillee et abandonnee, la ville comptait deja plus d'un demi-million d'habitants.
Le site, insolite et grandiose, fait donc plusieurs centaines d'hectares et c'est a velo que l'on doit se deplacer pour visiter les ruines de ce qui fut jadis la mosquee, le quartier royal ou le bazaar de cette immense cite.

23 Janvier


Le village d'Hampi aujourd'hui:
Au Sud, le point de depart de presque toutes les excursions, la grande majorite des sites, les hotels hors de prix, les attrapes couillons et les couillons qui vont avec.
Au millieu, une riviere (pas de pont evidemment).
Au Nord, le reste du village, les guest-houses et restaurants bons marche* et presque aucun monument historique excepte le fameux temple blanc d'Hanouman. C'est la que, d'apres la legende, serait ne celui qui aidera Rama dans son epique mission contre Ravana.**
C'est donc la que l'on se rend en excursion aujourd'hui. Trois "racourcis" plus tard on arrive au temple, affreusement bien garde par des centaines de descendants d'Hanouman.

24 Janvier


Mumbai; l'opulence et la misere.
Les beaux bâtiments de l'époque coloniale, les quartiers chics et les parcs ombragés. Bollywood, ses films a gros succès et ses acteurs multimillionnaires. En front de mer, les énormes buildings en construction répondent a leur frères Dubaiotes. La Tata Tower notamment se dresse fièrement, vitrine de cette Inde qui réussit. Tata Motors, Tata Steel, Tata Airways, Tata Hotel ou Tata Consultancy. Tata père et Tata fils.


Devant l'aéroport s'étend le plus grand bidonville d'Asie. On ne s'arrête pas. Les enfants mendiants, le ton suppliant et les yeux larmoyants, ne veulent pas vous lâcher la main. On se dit que eux aussi sont de parfaits acteurs, que la mafia est derrière tout ça. On essaye de garder bonne conscience. Qu'est ce que ça changerait quelques roupies pour nous? Rien. Et pour eux? Rien non plus probablement. On oublie. Des jeunes camés et de vieux malades dorment dans les caniveaux. On passe notre chemin.


Mumbai; la réussite insolente face à l'extrême pauvreté.
On essaye d'oublier.
Les hommes qui souffrent seront encore là demain.




19 Janvier


-Bonjour, vous avez des chambres libres?
-Enlevez vos chaussures et lisez les regles.
(On s'execute. La liste des regles est aussi longue que ridicule.)
-Vous avez tout lu?
-Oui.
-Vous avez tout compris?
-Oui
-Bien. Par contre on n'a pas de chambre a vous proposer.
-...

Aaah, l'offre hoteliere a Pondicherry, une longue histoire. A part ca, ce qu'on appelait autrefois les Indes Francaises, c'est vraiment sympa. C'est calme et architecturalement parlant c'est tres reussi. Il y a beaucoup de compatriotes, des touristes, des expatries, des gaulois en vadrouille.

20 Janvier


On est arrive ici juste a temps pour l'inauguration du festival Bonjour India. C'est le debut de dix jours de festivites pour celebrer le 120eme anniversaire de l'Alliance Francaise sur place. Pendant notre court sejour on aura le droit, entre autres rejouissances, a des spectacles de rue, un lacher de cerf-volants, un concert de percussions, un spectacle de danse et musique traditionnelles, un opera lyrique et un feu d'artifice. Tout ca en notre honneur, ca nous fait vraiment chaud au coeur.

18 Janvier


On prend encore un peu de bon temps a Ooty, entre le jardin botanique (photo) et la YMCA on se remet de notre coup de chaud de la veille.
On savait que l'Inde etait folle, pour le meilleur comme pour le pire. Ce soir on se frotte au pire. On doit prendre le bus pour Combiatore mais, le petit train etant toujours en panne, il y a un peu pres dix fois moins d'offres que de demandes. Pas de file d'attente ni de reservation, c'est juste chacun pour soi. A peine un bus ose s'approcher de la foule impatiente que des dizaines d'indiens sautent dessus, comme des rapaces sur leur proie. Ca tire, ca pousse, ca hurle, ca se fait des croches pieds et ca se tire les cheveux. De veritables grappes humaines sont suspendues aux portes du bus alors que celui ci n'est pas encore arrete.
Nos grandes tailles et nos gros sacs ne nous facilitent pas la tache, mais quelques coups de coudes judicieusement places nous permettent de tirer notre epingle du jeu. On se retrouve finalement dans l'allee a califourchon sur nos sacs; place inconfortable mais chere, on l'a payee de notre sang.*

17 Janvier


"So I will go
To where the tea trees are
(..)
I'll be just fine

It takes a believer sometimes."

Enfin, on y est!
Des plantations de the a perte de vue. On passe la journee a se balader dans ces paysages magnifiques, on ne s'en lasse pas.
Pour le froid par contre on est un peu decus: si la nuit la temperature tombe bien a 10 degres, la journee elle ne descend pas en dessous de 25. On brule.

16 Janvier


Tot ce matin on quitte Cochin a reculons; on s'y plaisait bien. D'autant qu'on rate Florence et Benjamin de peu. Mais le train nous attend et la route est encore longue: on veut prendre un peu d'altitude pour trouver le froid, direction la region montagneuse d'Ooty. En temps normal un petit train a vapeur, classe par l'Unesco et repute pour sa lenteur (46km, 5 heures) relie Mettupalayam a Ooty. Mais ce mois-ci le train est casse; il faut donc s'armer de patience et essayer de prendre un des rares bus qui fait la liaison: une looongue file d'attente puis une interminable ascension. On s'y prend en debut d'apres-midi, on arrive bien apres le coucher du soleil.. (90km !!)

15 Janvier


L'ile de Willington est quasiment entierement recouverte par un enorme port de commerce. Des enormes cargos en provenance de Mumbai, de Dakha ou du Havre et battant pavillon panameen ou chypriote dechargent chaque jour des milliers de contenaires. C'est Vasco de Gama, qui a passe les 14 dernieres annees de sa vie ici, qui serait surprit: 500 ans apres sa mort on n'a toujours rien trouve de plus rentable que la voie maritime pour le transport des marchandises.
L'apres midi on prend un bus pour Allapey, a la decouverte des fameux Back waters du Kerala. De belles scenes de vie le long des canaux ou au milieu du grand lac.
Le soir on s'invite a la fete du lycee qui fait face a l'hotel, moitie musique traditionnelle, moitie break-dance.

14 Janvier


La ville de Cochin est en fait dechiree entre plusieurs iles: Willington, Vypeen, Vallarpadam et Fort Cochin. Et si on trouvait cette derniere agreable, c'est qu'on n'avait pas encore ete a Vypeen. Aucun touriste, les gens pechent, font la sieste ou marchent sur la plage. La vieille eglise portugaise au milieu de son carre de pelouse veille au calme. Un vrai havre de paix au milieu de cette Inde tourmentee..
L'apres midi on se rend au temple hindou d'Ernakulam pour le dernier jour du Shiva festival: au milieu d'elephants richement deguises une cinquantaine de musiciens traditionnels jouent leurs plus beaux morceaux. Les camions qui, egares, passent parfois au milieu de l'orchestre arrivent a peine a les perturber.

12 Janvier


Fort Cochin, enfin.
Premiere impression: c'est calme, tres calme. Dans le ferry on se laisse bercer par le doux cliquetis des vagues; sur l'ile on entend les enfants rire dans les cours de recre;
Deuxieme impression: il fait chaud. Il faut dire qu'on s'est prit au moins 50 degres Celcius en quelques jours. C'est a la limite du supportable. Benjamin, ennuye par la temperature (et par ses coiffures improbables) cherche desesperement un peu de fraicheur.
Et Antoine est de retour, sain et sauf.

13 Janvier


Depuis plus de 600 ans Fort Cochin est un des haut lieu du commerce en Asie. Le cimetiere hollandais, les eglises portugaises, les mosques arabes, les batiments british, la vieille synagogue et les fameux filets de peche chinois (photo) sont la pour temoigner de ce passe glorieux.

11 Janvier


Ils font du tam-tam, tapent des mains, claquent des doigts et chantent des prieres. A moitie nus, ils ont fait un feu, instales des plantes vertes et un petit hotel pour leurs dieux. Dans la salle d'attente! A 7 heure du mat! Ils sont vraiment fous; mais c'est tellement marrant qu'on leur pardonne de nous gueuler dans les oreilles de si bonne heure.
Le matin on achete un billet de train, l'apres midi on s'assoit au jardin botanique.

-Il est quelle heure?
-17h14.
-Et le train part a quelle heure deja?
-17h15..
On se met a courrir avec nos sacs sur le dos jusqu'au grand hall, puis du grand hall jusqu'a la plateforme. On ne prend pas le meme chemin, on se perd de vue. Benjamin et Pierre s'apercoivent sur le quai. Et Antoine? Devant? Derriere? Dans le train? Dans le grand hall? Le train se met en route, on trotine a cote en cherchant du regard sa grande silhouette. Le train accelere, on saute dedans en croisant les doigts pour qu'il soit a l'interieur. On fait deux fois le tour du train avant de se rendre a l'evidence: il n'est pas la.

Le train est REMPLI des hindous de ce matin (dans le train aussi ils chantent et allument des feux) qui partent tous en pelerinage dans le Kerala. Ils nous ont reveilles ce matin, ils nous empecheront de dormir ce soir.

10 Janvier


Lorsqu'on se reveille on est encore arrete en rase campagne. Combien de kilometres a-t-on parcouru cette nuit? 500? Peut etre mille. On s'endort en Chhattigarh et on se reveille en Andra Pradesh. On traverse les plaines du Maharashtra, le parc national de Keoladeo Ghana, les etendues marecageuses du Karnataka et la Krishna River. Et puis toutes ces gares aux noms imprononcables. Au fur et a mesure que le temps passe (et que les retards s'accumulent) les arrets dans les gares sont de plus en plus succints. On arrive finalement a Bengalore au milieu de la nuit (avec 14 heures de retard, il parait que c'est normal); on s'installe dans une salle d'attente pour finir notre nuit.

9 Janvier


On monte dans le train a 3h du matin, avec 6 heures de retard. Les indiens nous impressionnent: comment un train peut ainsi prendre 6h de retard avant meme d'etre parti !?! Le train aussi est impressionnant: il doit faire un bon kilometre de long et transporte trois milliers d'indiens (d'apres nos tres savantes estimations), trois ousbeks, trois russes et nous. Vivre ainsi entoure d'autochtones est une experience plus qu'enrichissante: on dit souvent que la societe indienne est tres contrastee, mais les indiens eux-meme sont tres nuances. Ils vous tuerait pour prendre votre couchette mais s'extasient devant un coucher de soleil ou un champ de tournesol; ils se foutent royalement du retard du train mais un peu de riz mal cuit au dinner et c'est l'emeute!

8 Janvier


Dans le grand appartement de Margot on se repose et on retrouve un peu du luxe occidental: de vraies toilettes, du papier toilette, du beurre, du vrai cafe (enfin, du vrai cafe soluble, c'est deja beaucoup), des livres, un ordinateur qui marche normalement et une connection internet digne de ce nom. Royal! Les frequentes coupures de courant nous rappellent tout de meme qu'on est en Inde.

7 Janvier


On quitte Leh a l'aube avec un petit pincement au coeur. Leur gentilesse, leur bonne humeur et leur politesse vont nous manquer. Leur humilite aussi.

En arrivant a Delhi on doit faire un petit effort pour garder notre sang froid et notre sourire. On avait oublie les arnaques, la pollution et les bruits de klaxon. En fin d'apres midi on retrouve Margot, une amie de France, qui travaille depuis quleques temps en tant que communication manager dans une agence locale. Quelques heures par semaine elle fait du volontariat a la maison Tara: 16 orphelins, de 5 a 17 ans vivent dans cette grande maison en parfaite autonomie. La journee des benevoles leur donnent des cours et le soir, livres a eux-memes, ils s'organisent. Les plus grands s'occupent des plus petits pendant que d'autres font la lessive ou lavent la vaiselle.
Le tout est impressionant de reussite et de generosite.

6 Janvier


Khardung La! 5602 metres!
La plus haute route au monde. On est parti a l'aube et l'ascension n'a pas ete facile: on est completement geles, on ne sent plus nos pieds et l'oxygene se fait tres rare.
Le chauffeur lui n'a pas l'air de s'en faire*.
On ne restera pas plus d'une demie heure la-haut. Il fait -25 degres et on arrive a peine a respirer. Marcher 10 metres nous essouffle, parler nous epuise et si on a le malheur d'eternuer on met 10 minutes a reprendre notre souffle.
On pose pour la photo, on boit une tasse de the (qui gele en 3 minutes chrono) et on s'en va.

Pour notre derniere soiree dans le Ladakh, on retrouve le Francais, la Danoise et l'Anglaise autour d'une "bonne" petite biere glacee.

5 Janvier


Assez d'emotions comme ca, aujourd'hui on rentre a Leh.
Recit d'une journee ordinaire dans le Ladakh:

9h: Reveil par le proprietaire de la guest-house qui nous apporte le seau d'eau chaude pour la toilette.
9h15: On sort du lit. Regards sceptiques au seau d'eau chaude. On s'habille.
9h45: On a fini de s'habiller, on part en ville.
10h: Petit-dejeuner. (The et pois chiches)
10h15: On s'allonge au soleil, on bavarde, on bouquine ou on va acheter quelques babioles au marche des refugies Tibetains pour ameliorer notre karma.
14h30: On prend notre repas quotidien. (Riz et legumes)
17h30: Le soleil se couche, on rentre a la guest-house.
19h45: Il se fait tard, on se couche epuises mais ravis.

Les journees sont d'autant plus agreables qu'au village on connait tout le monde et que l'on parle presque Ladakhi. C'est pratique: le mot "jule" (prononcez djou-lait) veut dire a la fois "Bonjour", "Au revoir", "Merci", "De rien", "S'il vous plait" et "Amen". On a essaye, pour "A bientot", "Salut les copains", "Un autre the, madame", "Pourquoi pas", "Desole de vous deranger" et "Non merci" ca marche aussi.

4 Janvier


Il parait que le sentier reliant Yangtang au monastere de Rizong a ete entierement emporte par une crue en 2008. Nos hotes n'ont pourtant pas l'air bien inquiets quand ils nous indiquent le chemin a suivre. Et on se dit, pour se rassurer, que "de toute facon c'est de la descente". Au debut ca allait. Jusqu'a ce que, d'un coup, la vallee se resserre en etroit canyon. Alors 100 fois on devra traverser le cours d'eau, parce que le chemin nous semblait plus pratiquable de l'autre cote. A chaque fois on sent la fine couche de glace craquouiller sous nos pieds et le torrent d'eau glacee rugir et bouillonner.

3 Janvier


La femme de la guest-house nous avait clairement dit "Yangtang, 12km." Un parfait point de chute pour la pause de midi s'etait-t-on dit. On ne saura jamais si elle ne savait pas dire en anglais "a vol d'oiseau" ou si elle sous entendait "de denivele" mais toujours est il qu'on n'a pas fait 12 km. Et puis la neige etait de la partie. Le soir, c'est epuises, affames et transis de froid que l'on arrive enfin a Yangtang.
Mais le village (plus une grosse ferme qu'un village d'ailleurs), ambiance conviviale et mode de vie medieval, vaut le detour.
Ce que la photo ne montre pas: des millions de flocons de neige, comme autant de miroirs minuscules refletent la lumiere solaire. Ainsi, plusieurs heures durant, Dieu nous bombarde de confetis argentes.

2 Janvier


On ne pouvait pas vous raconter notre sejour sur les pentes de l'himalaya sans parler un peu de lui. Il est en photo partout: dans les maisons, dans les voitures, dans les bus, dans les restaurants, dans les magasins, dans les chambres d'hotel et evidement dans les monasteres et les Gonpas. Pere de tous les peres et Saint parmis les saints on veut bien sur parler de His Holiness the 14th Dalai Lama of Tibet. Ici son aura est immense et ses paroles sacrees. Extrait:

"We have bigger homes, yet smaller families; we have endless conveniences, yet we never seem to have any time. We can travel all around the world, yet we don't bother to cross the road to meet our neighbours. We have more degrees but less sense, more knowledge but less judgment, more experts but more problems..."


En debut d'apres-midi, relativement satisfaits de notre taux de globules rouges, on part pour le petit village de Likir, dans la vallee de l'Indus.

1 Janvier


Bonne annee a TOUS! La sante, le bonheur ect ect..
On reflechit encore un peu a nos bonnes resolutions et on pense beaucoup a vous tous.

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