31 Decembre


Le reveillon de la Saint Sylvestre a Leh:
Le seul cafe du village est ferme (c'est la pleine lune, il est interdit de manger et de boire chez les bouddhistes). On se retrouve donc au restaurant avec un Francais, une Danoise et une Anglaise a trinquer autour d'un bon verre d'eau chaude*. Le restaurant fermant a 8h et demie, c'est chez la Danoise que l'on se retrouve pour attendre l'heure fatidique. Quatre Russes nous rejoignent bientot. Jusque tard dans la nuit on parle, on rit, on chante, on boit, on danse. Personne ne s'attendait a une telle soiree; l'ambiance est excellente. A l'aube c'est d'un pas plus qu'hesitant que l'on rentre finalement a l'hotel.

30 Decembre


A une petite heure de route de Leh, perche sur un petit pic rocheux, le monastere de Ticksey. L'endroit est incroyable de beaute et de serenite. On en reste sans voix.

Photo: Les moines, de 5 a 55 ans, jouent au foot. Lorsque le ballon sort en touche (a gauche), on doit attendre un bon quart d'heure que le jeune d'astreinte remonte les 300 metres de denivele.

29 Decembre


On a l'impression d'avoir un don pour se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment*.
Hier c'est la petite communaute musulmane de Leh qui, pour le dernier jour d'Ashura, s'en est donnee a coeur joie. "Karbala is a poem, a holy rhythm of pain. Et vas-y que je prenne mes airs de martyr, que je pleure, que je me frappe la poitrine, que je me mette des couronnes d'epines et que je me fouette le dos avec mes chaines et mes couteaux. Le spectacle termine, la foule se disperse; les ambulances embarquent ceux qui ont ete un peu trop pieux; une odeur de sang frais parfume le centre ville. "A holy rhythm of pain"..
Aujourd'hui c'est les independantistes qui donnent de la voix. Rassembles sur la place ils crient leur desamour de l'Inde et leurs voeux d'autonomie. Ils allument un grand feu. Enfin, pas de quoi s'affoler non plus, la situation est sous controle: il y a plus de millitaires que de manifestants.

Photo: Le fort de Tsemo domine la ville. C'etait, a l'epoque de sa construction (il y a quelques 500 ans de ca), la plus haute habitation sur terre. Le guide affirme qu'il est deraisonnable de tenter l'ascension des le premier jour. Ca tombe bien: le premier jour c'etait hier. On a peut etre ete un peu trop sur de nous: 200 metres de denivele, ont est encore essoufles 2 heures plus tard..

28 Decembre


Il est 6h du matin, dans la salle d'embarquement du Indira Ghandhi International Airport on attend patiemment notre vol. Le soleil se leve a peine lorsque, deux heures plus tard, on atterit a Leh Air Force Base. La base millitaire n'est pas bien acceuillante mais ca n'est que pour mieux nous faire apprecier, par contraste, la douceur du petit village de Leh. Difficile de croire que ce petit patelin, perdu a 3600 metres en plein massif himalayen, a le statut de capitale regionale dans un pays de 1.3 milliards d'habitants. C'est vrai qu'on ne s'est jamais moins senti en Inde qu'ici: la majorite des habitants sont des Tibetains en exil. Les gens, en bouddhistes consciencieux, ont tous le sourire colle aux levres et sont d'une gentillesse a couper le souffle.
On doit rester quelques jours ici pour s'acclimater; on sent qu'on va se plaire.

27 Decembre


Old Delhi, les petites ruelles, les rickshaws, les velos, les maisons a moitie effondrees, les vendeurs ambulants, les boui-boui, le bruit, la pollution et les vaches sacrees.
New Delhi, les grandes avenues, le metro, les ambassadors, les batiments officiels, les emporiums, les restaurants, le bruit, la pollution et les vaches sacrees.

26 Decembre


Avec 1.6 millions d'employes, la societe des Chemins de Fer Indien est le plus grand employeur du monde. Plus grand peut-etre, plus efficace surement pas..
On arrive a la gare avec trois quarts-d'heure d'avance.
"Bonjour, trois billets pour Dehli s'il vous plait". On nous repond successivement:
"Il faut aller a la room 5"
"Non non, c'est la room 5 de la plateforme 1"
"Ils s'en occupent au main ticket office"
"Allez voir a l'Inspector room"
"Non c'est dans le grand hall"
"Pour Dehli, c'est en face"
"Non, c'est la-bas a l'Inspector room"
"Encore vous? mais je vous avais dit dans le grand hall.."
L'Inspecteur nous accompagne finalement au guichet en question, ou l'on etait deja passe.. Le type, meme pas gene: "Vous revoila! Et ben de toute facon le train pour Dehli part dans 25 minutes, la c'est trop tard pour acheter un billet." Il ne blaguait pas.

25 Decembre


La messe de Noel a Armistar:
L'eglise est richement decoree: pour l'occasion des centaines de guirlandes aussi brillantes que moches ont ete suspendues au plafond et des dizaines de ballons de baudruche rouge ont ete gonfles.
Il est 23h, la messe peut commencer. Pour attirer l'attention des fideles, l'assistant pose son portable pres du micro et le fait sonner: une melodie de Jingle Bells sur fond de Crazy Frog retentie dans l'eglise. L'office est co-celebre par Mr le cure et le Pere Noel: pendant que l'un chante et fait le sermon, l'autre danse et distribue des bonbons. Et puis c'est un joyeux bordel: ca va, ca vient, les gens sortent de l'eglise, re-rentrent, parlent a voix haute.. Debout des groupes de jeunes discutent; les enfants jouent au loup. Le pretre n'en peut plus, il fait ce qu'il peut pour calmer son auditoire, mais c'est peine perdue; dehors, sur le parvis, les gens font exploser des petards. On n'entend meme plus ce qu'il dit.
Minuit enfin.. le calvaire du pretre touche a sa fin. Soulage, il lance (a la place du traditionnel "Aaallez dans la paix du Chriiist!!") un dernier "Ok, you can go." A la sortie de la messe les gens boivent du the, mangent des cacahouetes. Avec des bombes de mousse a raser, quelques rigolos aspergent la foule. Ils cherchent a imiter la neige; on y croit presque. Le pretre est la aussi. Sa tasse de the a la main, il est un peu perdu. En nous voyant il s'approche timidement et, comme pour s'excuser du ridicule de la situation, nous lance un petit "Happy Christmas!".

24 Decembre


The Lord himself is the farm, himself is the farmer, himself he grows and grinds the corn.
C'est sur le fronton de la cantine qu'est inscrite cette phrase magnifique. Chaque jour jusqu'a 40000 pelerins peuvent venir manger ici. L'organisation est impressionante: ici des femmes ecossent des milliers d'haricots, la-bas des vieillards decoupent quelques tonnes d'oignons, plus loin c'est les plateaux repas que l'on lave a la chaine.
Il y a aussi l'hospice, pire que Capharnaum: la journee on consulte, on conseille et on opere a tour de bras et le soir tous les malades s'allongent dans la grande cour ou les sikhs distribuent des couvertures.
Ils nous donnent une belle lecon ces sikhs!
Quand on pense qu'a la Mecque les non musulmans ne sont pas les bienvenus et qu'au Vatican il faut attendre 5h sous un soleil de plomb avant de, peut-etre, pouvoir acheter une place pour la chapelle Sixtine...

23 Decembre


En 1984, Indira Gandhi envoya l'armee ici, au Temple d'Or*, pour ecraser un pseudo soulevement nationaliste sikh. Ce fut, bien malgre elle, un horrible carnage: des centaines de sikhs (dont beaucoup de femmes et d'enfants) furent tues. En represailles du massacre et de la violation du sanctuaire, Indira Gandhi fut assassinee par un de ses gardes du corps sikhs. C'est un peu l'idee que l'on se faisait des sikhs avant de venir ici: rancuniers et sanguinaires. Le petit poignard qu'ils portent tous a la ceinture n'aidant pas non plus a adoucir leur image.
Et pourtant! la realite est toute autre; ici on est acceuillit comme des rois: on est nourri, loge, soigne par la communaute sikh. Gratuitement et 24h sur 24. Ils ont pense a tout pour notre petit confort: des kiosques d'informations, des services de reservation de train, de bus et d'avion, un cyber-cafe, des navettes jusqu'a l'aeroport. C'est le Club Med en gratuit et sacre. Evidement quand l'envie nous prend, on va se poser au temple: au milieu de l'immense bassin de nectar, toute la journee, les pretres de leurs chants envoutants recitent le Granth Sahib.

22 Decembre


Il nous reste l'equivalent de 2 euros en roupies pakistanaises pour atteindre la frontiere. Un rickshaw, un bus, encore un rickshaw; parfait. On a meme 20 centimes en trop.

En attendant que le douanier indien fasse on-ne-sait-trop-quoi de nos passeports, on se demande ce qui a bien pu se passer en 60 ans pour que les mentalites evoluent si differement. De l'autre cote, au Pakistan, ca paraissait si simple: on sert la main des douaniers, ils nous font quelques blagues, s'amusent un peu avec la machine a rayons-X et puis "bonne route les garcons !".. Ici on a deja rempli cinq formulaires, inscrit nos noms dans trois registres, passe une pseudo visite medicale et surtout plusieurs fois attendu une plombe que Monsieur se rappelle qu'il s'occupait de nous.
Mais bon, ils n'arriveront pas a nous departir de notre bonne humeur: on y est! L'Inde! Premieres embrouilles, premieres vaches sacrees. Le soir au dort chez les sikhs, au Temple d'Or d'Armitsar.

21 Decembre


Par encore completement ressucites.. Aujourd'hui non plus on ne fera rien. On pourrait decaler notre programme de deux ou trois jours, mais ca nous saoule plus qu'autre chose: on n'a pas envie de passer les fetes de fin d'annee au Pakistan. Et puis on n'est pas entierement satisfaits de notre petit week-end a la campagne. On prend donc le premier train en direction de l'Inde mais, terrifies a l'idee de retourner en classe economique on opte pour la Royale Deluxe. 15 heures plus tard (et 300 km, oui oui 20 km/h de moyenne) on fait escale a Lahore.
Le soir, au Regal Inn, on se sent un peu chez nous.

20 Decembre


Une meme force invisible cloue Antoine et Pierre au lit.
Dans le train la promiscuite, la poussiere, l'odeur de gazoil et de mort, les enfants qui pleurent, les vieux qui toussent, le manque de sommeil et ce courant d'air glacial auront donc ete plus forts que nous .
Les bons soins et les potions magiques de Benjamin aidant, le soir on a presque l'impression d'aller un peu mieux.

19 Decembre


A minuit on prend le train pour Bahawalpur. Moitie par curiosite, moitie par gout de l'aventure on avait choisi des tickets en classe economique. Tres mauvaise idee. Le wagon est bonde: assis, debouts, allonges, a genoux, accroches, partout il y a du monde. Inutile evidement de reclamer sa place. On s'installe dans un couloir; chaque centimetre que l'on concede est perdu. Notre espace vital ne fait bientot plus qu'un metre carre (sans exagerer et avec les sacs). On allonge nos sacs par terre et on s'accroupit dessus. On cherche, en vain, un peu de repos. A midi on arrive enfin; on se traine un peu au bazaar mais a 15 heure, c'est a moitie morts que l'on se couche.

18 Decembre


Derniere journee a Lahore. On visite le vieux fort, la Badshahi Mosque: on se rejouissait a l'idee de voir, en ce jour saint, une foule compacte assister au fameux preche de l'imam dans la plus grande mosquee d'Asie. On a ete un peu decus: la mosquee est magnifique mais on est seuls.

17 Decembre


Lahore est la capitale mondiale du Soufisme, une branche mystique de l'Islam. Les soufistes qui se definissent comme des musulmans en eternelle quete d'un epanouissement spirituel, ont une facon bien particuliere de pratiquer leur religion: regulierement, a grand renfort de dhols* et de hachich, ils entrent en transe. Tous les jeudis soirs, Malik accompagne ses invites dans un des hauts lieux du Soufisme: le tombeau de Baba Shah Jamal. A l'exterieur des centaines de fideles, fumant jusqu'a cinq joints a la fois, patientent. Vers minuit arrivent enfin les freres Saeen, Mithu et Gonga, les deux meilleurs joueurs de dhol au monde. A peine ont-ils commence a jouer que certains spectateurs entrent dans un etat second et entament une choregraphie surrealiste. Le spectacle qui va se derouler sous nos yeux pendant plusieurs heures est a peine croyable.. Si, comme disait Saint Augustin, "qui bien chante deux fois prie" alors probablement que qui bien joue du dhol, tourne en rond, secoue frenetiquement la tete, tape des pieds, crie a tue tete, danse comme un robot, fume du hachich et marche en rond huit fois prie.
On ne saura jamais si c'est par ferveur religieuse ou par gout pour ce culte un peu particulier mais les soufistes font preuve d'une piete a faire palir de jalousie toutes les Eglises du monde.

16 Decembre


Hier, un autrichien du Regal Inn est passe sur la meme route que nous. Il a aussi vu l'attroupement, mais il a commit l'imprudence de ne pas prendre de photo: il a fini au poste. Il a du protester pendant plus de six heures et appeler son ambassade avant de pouvoir sortir. Ce matin le journal nous explique que les manifestants etaient des paysans mecontents. On n'y comprend rien.

L'apres midi on se rend a Wagah, la ville frontaliere. La, tous les jours depuis 1948, a lieu un spectacle hors du commun: la ceremonie de cloture de la frontiere. On est au milieu d'un no man's land de 10 km; il y a la une rue, un enorme portail et, de chaque cote, des gradins pour les spectateurs Pakistanais et Indiens venus en nombre.
Les soldats arrivent, immenses* et determines. Sous les hurlements du public et au son des hymnes nationaux, ils entament leur demonstration de force: ils courent, tapent du pied, saluent, marchent au pas, hurlent genre Haka des all blacks. Le show dure vingt minutes et se conclu par la fermeture de la frontiere. Les soldats s'en vont, fiers et ridicules. Tout est tellement symetrique et synchronise qu'eux meme ne doivent plus bien savoir s'ils font la guerre ou s'ils la parodient.

15 Decembre


Benjamin n'a pas ferme l'oeil de la nuit. Les arzabas* de la veille sont tres mal passes. A moins que ce ne soit les brulantes epices qui, jour apres jour, lui dissolvent lentement les boyaux.
Antoine et Pierre partent donc seuls pour le zoo, admirer les tigres du Bengale. En chemin, un attroupement: un homme sur une charette, genre Sartre a Boulogne Billancourt, harangue la foule. On ne comprend evidement rien a ce qu'il dit, ni au banderolles ecrites en Urdu, mais l'ambiance est bonne, c'est vivant, colore, ca vaut une photo.
Des policiers mecontents nous font signe de nous approcher. Tenant fermement d'une main leur fusil a pompe, de l'autre notre bras, ils nous conduisent vers celui qu'on imagine etre leur superieur. Une dizaine de journalistes qui sortent d'on ne sait ou nous suivent. Passeport please!
-Where are you from?
-France (Je crois que c'est marque sur le passeport, mon brave)
-What is your occupation in France?
-Students (On est bientot diplome d'une ecole de journalisme. Militants des droits de l'homme, on ecrit nos theses sur, respectivement, les revolutions et les dictatures au Moyen-Orient)
-Why do you come to Pakistan?
-Tourism (C'est marque sur le visa, mon gros)
-Only tourism?
-Yes! (Quoique, on se voit bien prendre les armes et faire un petit putch..)
Il fait encore un peu semblant de reflechir. Il y a maintenant bien vingt photographes et cameramans autour de nous; ils nous mitraillent lorsque l'officier nous rend nos passeports.
On le raconte comme ca sur le ton de la blague, mais plus l'interrogatoire est bidon, plus il y a de quoi avoir peur. On a entendu toutes ces histoires de policiers corrompus dans la ville: pas plus tard que le mois dernier, un Japonais du Regal Inn a du payer 200 dollars pour recuper son passeport. En tout cas il nous laisse partir. Peut etre bien que sans la presence des journalistes on etait bon pour un gros backshish. Peut etre bien aussi qu'il etait honnete. Ca arrive.

14 Decembre


Lahore toujours. Dans la vieille ville ou l'on se perd encore, c'est l'effervescence. Dans quelques jours commence le mois triste du calendrier musulman pendant lequel il est interdit de se marrier. On celebre donc ces jours-ci, des marriages a la pelle et on achete, pour l'occasion, des kilos de decorations un peu kitchs.
Dans d'autres ateliers, on aiguise a souhait des milliers de serpette. Tout les ans, les chiites se rememorent le massacre de Karballah en se fouettant le dos avec une demie-douzaine d'entre-elles, reliees par une grosse chaine. On espere que Khameini et ses complices auront la main bien lourde..

13 Decembre


La region du Punjab, dont Lahore est la capitale a ete constamment envahie depuis plus de 2000 ans, chaque empire y laissant son lot de constructions et de traditions. Si les Arabes sont venus avec l'Islam, c'est au cricket que les Anglais les ont convertis. Tout le monde y joue et chaque espace libre est un terrain potentiel. Aujourd'hui dimanche les rues sont vides, les enfants s'en donnent a coeur joie. Au foot a Shiraz on avait deja pas brille, au cricket a Lahore on est ridiculement debutants.

12 Decembre


On loge au Regal Internet Inn. Tout le monde qui a voyage au Pakistan connait cet endroit. On en avait souvent entendu parler, a plusieurs milliers de kilometres d'ici et toujours de facon positive, sans qu'on ne comprenne vraiment ce qui faisait l'hunanimite. Et pour cause: c'est relativement dur a decrire. L'hotel ne paye pas de mine: au fond d'une ruelle sans charme, un escalier aussi long qu'etroit vous conduit jusqu'a la reception. La, en silence, on inscrit son nom sur le vieux registre avant de s'installer dans un des dortoirs.
Tous les voyageurs dorment ici. Qu'ils viennent de Chine, d'Inde ou du Moyen-Orient, ils s'arretent ici pour se reposer, preparer la suite de leur voyage ou attendre un eventuel compagnon de route. Le soir, sur la terasse du toit, on se perd dans d'improbables discussions ou de longs recits de voyages; on ecoute les musiciens invites par Malik. Malik est l'adorable proprietaire des lieux; il se plie en quatre pour que l'on se sente comme chez nous et n'est jamais avide de bon conseils sur sa ville, sa region ou son pays. Il met a la disposition des voyageurs ses ordinateurs et sa grande bibliotheque polyglotte: l'Alchimiste, Tom Sawyer et Mme Bovary nous tiennent compagnie.

Parenthese: Liberte, Liberte cherie


Aeroport de Bahrein:
"-Oh regarde! facebook marche!
-Ah ouais..?!?
...
-En fait c'est normal..
-Ouais, c'est vrai."

Vous n'etes pas sans savoir qu'en matiere de liberte d'expression, l'Iran n'a rien a envier a la Coree du Nord ou a la Birmanie. Notre blog n'echappant probablement pas a la regle, on s'est tenu coi. On ne vous a rien raconte sur ce touriste Allemand que des officiers "pire que la Stasi"* sont venus checher a l'hotel pour un interrogatoire de plus de deux heures. On n'a pas parle non plus de tous ces jeunes qui, lorsqu'on leur parlait de la France, buvaient nos paroles comme un sirop de Liberte et nous repondaient tristement "We are in a prison". On n'a rien dit non plus, pour ne pas les compromettre, sur nos amis qui, au milieu de leur salon, osaient a peine nous murmurer leur desaprobation du regime en place. Pour eux et par principe aussi, on retablit un peu l'equilibre:

Ahmadinejad est petit, moche et idiot. Il est un peu a la Connerie ce que Mahommet est a Allah: un digne represantant sur terre. Il n'a pas ete elu et a triche si grossierement que personne n'y a cru: vexe par les slogans des manifestants, il en a tue plusieurs dizaines, blesse plusieurs centaines et emprisonne plusieurs milliers. Ses idees sont simplistes, sexistes et antisemites. Judicieusement conseille par des mollahs plus cons que mille milliards de connards, il s'est construit un programme ambitieux: fabriquer une bombinette pour isoler un peu plus son pays du reste du monde. Ses amis sont les pasdarans et les bassidjis. Les premiers sont des vieux dements, les seconds des jeunes analphabetes.
Voila.
Plus serieusement, chez nous on trouve* que le Pape et le Pen sont un peu plus qu'arrieres. Le salon du chien bat des records d'affluence tandis que la Secu bat de l'aile. A ma droite ca sent un peu la merde et a ma gauche un peu la mort. Bref, tout n'est pas parfait, mais on peu le dire sans ne jamais rien risquer. Et c'est deja beaucoup.

11 Decembre


Aeroport de Bahrein: a une heure d'avion de Shiraz, c'est le monde magique de Walt Disney. Un joyeux brassage culturel, un subtil melange du reve americain et de Tintin au pays de l'or noir.
Au Mac Donald ou ne travaillent que des asiatiques, les hommes d'affaire, visages serieux et cravates serrees, cotoient les babacools anglais a destination de Katmandou. Des groupes de chinoises, enthousiastes, prennent la pose avec le Pere Noel. Mais les plus droles sont les marchands de petrole Saoudiens, gonfles de fierte et de coca-cola: vetus de leur ghutra ils promenent nonchalement leurs 15 femmes dont on ne voit que les yeux.

Aeroport de Lahore: On est les seuls occidentaux. On attend patiemment notre tour. Dehors, le jour se leve deja; on dort debout. Enfin, le maudit tampon! on peut sortir de la zone internationale.
Derriere la vitre sans teint ils sont la, a attendre un proche ou un hypothetique client pour leur taxi (ou simplement que le temps passe). Une centaine de Pakistanais, vetus de leur shalwar kameez, nous regardent calmement. On se sent d'un coup un peu a l'etroit dans nos pantalons, un peu cons avec nos gros sacs a dos. Pas de malaise pour autant; ils nous regardent tendrement, un sourire bienveillant colle au milieu de leur grosse barbe. Ils respirent l'hospitalite. "Welcome to Pakistan mister."

10 Decembre


En plein coeur du Balouchistan, c'est le passage oblige de tout voyageur a destination du Pakistan. Le seul point de passage sur une frontiere de plus de 500 km. Autrefois la ville s'appelait Dozda (la ville des bandits). Rassurant! Il y a quelques annees, pour en redorer l'image, elle fur rebaptiser Zahedan (la ville des barbus) . C'etait faire preuve d'un cratylisme naif: les Zahedanis sont aussi mesquins et fourbes que les Dozdanis : ils l'ont prouve en 2003, lorsqu'un tremblement de terre secoua la region*, ils se rendirent dans la ville voisine de Bam pour y voler les 90000 tentes du Croissant Rouge iranien. C'est les centaines de milliers de sans-abris qui ont apprecie!
Aujourd'hui, les Balouches sont specialises dans la prise en otage et la revente de touristes etrangers. Et le business est lucratif! Entre nous, ca fait longtemps qu'on en parle. On rencontre des gens rassurants "Don't worry, it's safe", d'autres alarmistes "Don't go there, they'll kill you. For sure!". On n'en sait finalement plus rien. Dans le doute on achete un billet d'avion.
Aujourd'hui donc, l'esprit un peu plus tranquille et le portefeuille un peu plus leger, on s'avance dans l'aerogare de Shiraz. On a peut etre ete trop prudents, on s'est surement fait des films, mais on prefere ne prendre aucun risque. Nos mamans peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

Si le Balouchistan et la ville de Quetta nous faisaient rever, la triste peninsule arabique (ou l'on fait escale) beaucoup moins. Les petits emirs a la con: les pieds dans le petrole, les mains dans le pognon. Assis sur leurs reserves de melasse, ils s'occupent a amasser de l'argent, faire preuve de mauvais gout et construire des aeroports.
Le monde peut crever demain, ils finiront d'abord leur circuit de F1.

9 Decembre


Persepolis! 2500 ans. La capitale de la dynastie Achemenide construite par Darius. A l'epoque l'empire Perse s'etend du Maghreb a l'ouest de la Chine et, tous les ans, une delegation de chaque peuple vient presenter ses cadeaux au "Grand Roi, Roi des rois, Roi de tous les peuples, Roi du vaste monde et fils du roi Darius l'Achemenide (...) Intronise par Dieu j'ai construit de tres excellents batiments et agrandit ceux construits par mon pere. Je suis le Roi des rois, Dieu me protege." (Xerces parlant de lui-meme).
Mansour, professionel, nous guide a travers les ruines et fait une blague a CHAQUE touriste qu'il croise (il en a une par nationalite*). On s'amuse, on s'amuse.
Photo: comme au bon vieux temps, on plie notre index en signe de parfaite soumission.

8 Decembre


Shiraz toujours. Il pleut a verse; on est bloque a l'hotel. L'hotel... il y aurait beaucoup de choses a dire sur cet endroit convivial a la limite de la salubrite. Toujours est-il que la deco est affreuse: on entrepend de refaire celle de notre chambre.
On n'oubliera pas non plus d'ecrire notre lettre au Pere Noel.
Dans l'apres midi on rejoint Maaike et Laura, les deux belges. On visite le bazaar, on boit des thes.. Le soir, a leur hotel, elles nous preparent leur fameuse Soupe-Boulgour; on joue aux cartes. Une amie a elle, qu'elles ont rencontree en Turquie, doit nous rejoindre d'un instant a l'autre. Quelle a pas ete notre surprise quand dans la chambre deboule en trombe .... Wendy! (vous vous souvenez de Wendy?)

7 Decembre


"Belle Shiraz, au site incomparable:
Que plaise a Dieu la garder du declin!" - Ode a Shiraz -
Helas! Dieu n'entendra pas sa supplique: de la ville de la fete et du bon vin si chere a Hafez il ne reste plus grand chose. Aujourd'hui les specialites locales sont l'embouteillage et le fast-food. Heureusement Persepolis draine son flot de touristes; on rencontre du monde: le couple de Suisse, l'Allemand chanteur, le Quebequois sur la route depuis deux ans, le Grec en velo, la Sud-Coreene-Neo-Zelandaise-quihabiteaDubai et les deux belges une fois.
Le soir a l'hotel l'Allemand et sa guitare improvisent un petit concert.

6 Decembre


Chaque jour des centaines d'Iraniens viennent, parfois de tres loin, se receuillir ici. 800 ans apres sa mort ils deposent, la larme a l'oeil, une fleur sur la tombe du poete Hafez. Ils prennent des poses ridicules pour la photo et, presque religieusement, recitent quelques vers. Extraits:

"Hafez, jusqu'a quand restes-tu devant la porte de l'ecole?
Leve-toi! Cherchons l'ouverture vers la porte de la taverne!" - Larmes impures -

"Qui ne veut pas de ces plaisirs a perdu tout bonheur de vivre
Et qui ne les a pas cherches s'est lui-meme interdit de vivre" - Carpe diem -

"Hafez, le jour ou il ecrit sa lettre de declaration,
C'est alors qu'il a renonce a etre heureux en ce bas monde" - Notre part sur la terre -

"Tais-toi, Hafez! Ne te plains pas de ton ami, de ton tyran!
Qui donc t'as dit d'etre egare en regardant les beaux visages?" -Psaume d'amour -

5 Decembre


Une ligne de chemin de fer reliera Yazd a Shiraz d'ici 2010 d'apres les plus optimistes. Dans le bus, entre mal de dos et militaires, on en reve doucement. On en reve, facon de parler: on ne fermera pas l'oeil de la nuit.
Il est cinq heure; Shiraz, engourdie par le froid, est deserte. On marche jusqu'en centre ville. Dans les enormes caniveaux quelques balayeurs fatigues brulent leur recolte.
Le premier hotel est ferme, le deuxieme aussi, le troisieme complet, le quatrieme a fait faillite, le cinquieme est trop cher, le sixieme est transforme en caserne et le septieme n'accepte pas les etrangers. Le huitieme est bien.
On passe une bonne partie de la journee a dormir.

4 Decembre


On passe encore une courte matinee dans le desert avant de rentrer a Kerman en taxi. Notre chauffeur est un peu atteint: a bord de son bolide (une 405) a 170 km/h a travers le desert; d'une main il fume, de l'autre il envoie des textos.

Le bus pour Shiraz part a 21h. On passe le reste de la journee au bazaar de Kerman, a nous remettre de nos emotions et a gouter a chaque patisserie locale.

3 Decembre


Aujourd'hui Armad Banquier nous emmene dans le desert des Kaluts: des enormes pains de sable dont aucun geologue n'arrive a expliquer l'existence. Peu de choses a dire: c'est vide, c'est grand, c'est beau.
On dort au Desert Camp.

2 Decembre

Reveil 5h. Dans le petit parc pres de la gare, la nuit fut froide et courte. Mais on se console a l'idee de monter dans le train. Pour deux dollars, on fait 500 km et on prolonge notre nuit de 6 heures sur les larges couchettes du wagon 1ere classe.
A midi on est a Kerman et en fin d'apres-midi a Shahdad, un petit village sur une oasis au milieu du desert. On sera accueilli, nourri et loge par Armad, le directeur de la banque.
Le soir, les freres, les amis, les voisins et les collegues viennent nous visiter. La soiree se prolonge et atteint son paroxysme lorsqu'Armad, aussi haut que large, entame une belle danse orientale.

1 Decembre


Notre objectif de la journee: aller au hammam. Une fois sur place on est un peu perdu: on ne comprend que plus ou moins bien le principe (plutot moins d'ailleurs).. Et les vieux qui herrent par la, moitie ecrases par le poids des annees, moitie anesthesies par la moiteur ambiante ne sont pas trop pour nous aider. On a compris une chose: il faut se re-la-xer. Vu qu'on ne fait pas les choses a moitie on s'y prelasse jusqu'a la fermeture.

L'apres-midi on croise Florence et Benjamin qu'on avait rencontre dans le train pour Tabriz. On passe la fin de la journee et la soiree avec eux: ils ont reussi a prolonger leur visa et ont visite le Ssud quand on etait au Nord. C'est agreable de pouvoir parler francais, d'avoir une discussion plus fournie que "What's your country? I love Zidane!" La semaine prochaine ils s'envolent pour l'Inde. On les recroisera la-bas Inch'Allah.

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